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Polyamour = moins de souffrance ?

20 Juin

Il y a quelques années, je découvrais pour la première fois la rupture… qui ne venait pas de moi, pour une fois. Bon, j’avoue, ça fait mal. Mais on s’en remet, personnellement en 48h j’avais déjà tourné la page, et maintenant, ce n’est qu’un vague mauvais souvenir.

Mais voilà, il y a quelques minutes, je lisais un article sur le polyamour et je suis tombée sur un commentaire : « bien sûr que le polyamour, c’est pour moins souffrir ! ».

J’ignore si je suis polyamoureuse. Beaucoup de signes montrent que potentiellement, oui. J’ai une vision libre des relations, je n’ai aucun problème à avoir une relation « primaire », comme ils disent sur les sites super géniaux psycho machin truc spécialistes et tout, et d’autres secondaires, avec ou sans sexe. Je n’aurai aucun mal à m’habituer à ce que l’autre fasse de même de son côté, à condition que ma personne soit un minimum respectée, et ça rentre dans les clous de la définition de base. Respect, honnêteté. Je ne suis pas « infidèle », puisque je reste honnête et franche avec l’autre. Bref, a priori je suis polyamoureuse, mais je ne me définis pas (encore) comme telle. En outre, je suis bisexuelle, mais ça, je ne le dis à personne (ou presque, et surtout des hommes, des amis dont je connais déjà l’avis très tolérant voire je m’en foutiste sur le sujet). Ma première tentative de coming- out n’ayant pas eu le succès escompté, mais on en reparle plus tard, hein ? Enfin bon.

Du coup, je me demandais si je souffrais moins, en tant que bisexuelle potentiellement polyamoureuse. Et bah non. Je viens de passer des mois à me dire que non, ça ne me dérange pas tant que ça de ne pas avoir une certaine personne dans mon entourage proche (comprenez ce que vous voulez) malgré mon non-célibat. Je n’ai qu’une envie, c’est de trouver un moyen d’avoir les deux personnes concernées dans la même ville, et de pouvoir les voir tous les deux. Le polyamour, si tel est le nom de ce foutu sentiment schizophrène à la limite du dédoublement de personnalité, est loin d’être de tout repos.

Je ne cherche pas à fuir le choix, je ne sais tout simplement pas faire autre chose qu’être séduite par un(e) humain(e) génial(e). Et j’en suis désolée. J’essaie de ne pas regarder ailleurs, mais mon esprit se fixe sur deux personnes, voire trois, systématiquement. Comme si je ne pouvais pas me sentir bien sans avoir trois types de relations différentes, trois types de personnes différentes, trois, pour être plus complète en tant qu’une. Parce-que chaque relation est unique, chaque humain est unique, et je peux choisir, mais je ne peux pas ignorer ce que je ressens.

Sur ce, je m’en vais ronger ma frustration.
Si vous avez des conseils, des claques, des mouchoirs, je suis preneuse…

(Vous pouvez également lire ou relire ces articles : La jalousie, ou comment se restreindre à une seule personne , Avant j’étais stable ainsi que l’interview de Didier Garguilo ! )

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Avant j’étais stable…

28 Mai

Maintenant, je suis super organisée.

Organisée pour quoi? me demanderez-vous.
Eh bien, organisée pour jongler entre les RDV, les SMS, les appels et autres avec mes hommes. Mes. M.E.S. Voilà.

En fait, ils sont pas vraiment à moi, je les sous-loue, faut dire qu’ils sont tous déjà chez l’habitante, mais bon, ça ne m’a jamais arrêtée.

D’un côté, nous avons le « relation », celui qu’on pourrait nommer l’officiel, l’amoureux ou que sais-je s’il n’était pas déjà pris. Lui, il possède mes sentiments, mes émotions, il y a du partage, des discussions, de la tendresse et de l’amour. Du sexe aussi. C’est la personne en qui on a confiance, c’est celle qui nous fait confiance et à qui on donnerait beaucoup, voire tout. D’ailleurs, on peut en avoir plusieurs des comme ça, mais vous savez déjà ce que j’en pense.

En deuxième temps, on a un  sexfriend. On le connaît, même vraiment bien, il est cool, il est mignon, sexuellement on se connaît bien, alors on remet ça de temps en temps. C’est un service mutuel en quelque sorte. Lui & moi c’est du je t’aime moi non plus, on se parle, on déconne et boum on se tape dessus. Néanmoins, malgré nos caractères de merde, c’est de l’explosif sous la couette, parce qu’il me connaît bien, et qu’il sait…

Après on a « l’autre ». Lui c’est encore plus ou moins platonique. Y a l’idée, y a les mots, y a les regards qui en disent long, y a ce besoin de contact qu’il ressent et qu’il cherche à combler dès que possible. Il a la maturité nécessaire pour me laisser venir lentement… Concrètement il pourrait être entre le SF et l’Amoureux, un crush quoi. Le type intéressant et intéressé, charmant et charmé, mais avec qui tout est clair. Oopa d’ailleurs.

Et enfin, y a le petit dernier. Oh on sait, lui comme moi, qu’il n’attend qu’un signe pour faire avancer les choses, mais c’est peut-être trop rapide…

Parce que oui, dans ma liste, y a pas de plans cul, chez moi, y a toujours de la durée ou la connaissance de l’autre avant. C’est plutôt rare que je pécho en boîte pour un encas entre deux portes. Du coup, tout ça, c’est une putain d’organisation. Qui voir, quand, qui a la priorité sur l’autre si les deux ont les mêmes dispos, avec qui je parle de ça, avec lequel je fais ça, est-ce que d’une aventure je peux accepter ceci ou cela… C’est jongler avec les SMS, les sextos (et c’est le plus dur, faudrait voir à pas se répéter de l’un à l’autre)… Le plus difficile ? C’est la mémoire. Se souvenir des détails qu’ils t’ont dits, de ce que lui aime et pas lui, ne pas confondre ce qu’on a dit à l’un et pas à l’autre. Entendons-nous bien, ils savent TOUS qu’ils ne sont pas les seuls dans ma vie, mais c’est pas une raison pour que mes relations ne soient que de pâles copies les unes des autres. Ils sont tous uniques, et nos relations le sont tout autant.

Bref, je lutine quoi. Mais c’est un sacré chantier.
Là, je fais genre c’est cool, mais je connais ce regard, oui, celui-là que t’as depuis que t’as commencé à me lire, celui qui me juge, me traite de salope, de nymphomane, celui qui comprend pas, celui qui jalouse ce qu’il n’a pas. Moi je vis bien comme ça tant qu’ils sont bien eux aussi, quand ils veulent partir ils le peuvent, ça me fait mal oui, c’est variable selon la relation mais j’ai de l’affection pour eux quatre, j’y tiens à mes petits hommes, ils m’apportent des choses différentes, ils sont différents. Je parle toujours de relations, pas de couples, je sais pas pourquoi, sans doute parce que je ne m’estime pas légitime là-dedans mais bon.

Tu vois, avant j’étais stable, monogame, exclusive, infidèle, triste et malheureuse.
Maintenant je suis overbookée, organisée, épanouie, heureuse et amoureuse.

Alors, quel camp tu choisis ?

Les différentes relations

11 Avr

On vous parle d’amour, de relations, de sexe, mais il n’y avait pas encore un lexique des différents types de relations ! Car bon, depuis l’époque de nos grands parents, les relations ont évoluées, de nouvelles sont apparues, et notre génération se retrouve avec une ribambelle de types de relations ! Avez vous essayé tous les types de relation ?

Crush : Il est beau, intelligent, drôle, tellement sympa, c’est le petit ami parfait… si seulement il savait que vous existiez ! C’est la relation fantasme, vous vous imaginez ensemble, mais il ne se passe rien, vous avez juste un gros béguin pour lui. Parfois c’est une connaissance, quelqu’un qui a les mêmes cours que vous, ou juste un ami.

Friendzone : Bienvenue dans la friendzone, vous n’en sortirez probablement pas, un peu comme Battle Royale, ou Hunger Games en fait. Peut être que finalement vous avez tenté d’approcher ce crush, vous avez sympathiser, vous sortez souvent, c’est bien non ? Mais voilà, il vous a dit une fois « tu es comme une soeur/un frère pour moi » « tu es vraiment un(e) bon(ne) copine/copain » et il/elle vous parle de ces crush à lui/elle ou de ses relations. Vous n’irez pas plus loin, il/elle vous considère comme un(e) amiee) et uniquement comme cela. Estimez vous heureux/se, quand il/elle rencontrera la femme/homme de sa vie, il/elle vous invitera au mariage !

Coup d’un soir / One night stand : Tout est dans le titre ! Un coup d’un soir, rencontré souvent quelques heures auparavant finira dans votre lit, ou vous finirez dans le sien, et cela n’ira pas plus loin ! Avec de la chance, comme je dis toujours « fût bref, mais intense » ! (J’ai ajouté le terme anglais, car je trouve le terme en français trop péjoratif, oui, il faut respecter les coups d’un soir, au moins, quand ce sont de bons coups)

Plan cul occasionnel : Mais c’est pratique, tout est toujours dans le titre ! Alors plan cul occasionnel car ça peut être bon, mais pas trop, ou les besoins ne sont pas très importants, c’est le plan où on enverra un sms pour dire « hey… on se voit ce soir ? toi, moi et mon lit ? » (je n’ai jamais envoyé ça) mais c’est rare, peut être une fois le mois, à l’occasion.

Plan cul régulier : On le voit déjà plus ce plan, on ne compte plus en mois, mais plutôt en semaine, voir en jours. Pour moi, le plan cul régulier reste un plan cul, on ne se comporte pas comme un couple, on ne sort pas, ça reste du cul, le lit, lui/elle et c’est tout ! Relation cordiale sous la couette !

Friends with Benefits : Vous étiez amis avant et vous aviez un peu la frousse pour le pacte de sang pour sceller votre amitié, l’option couette était quand même plus tentante pour renforcer vos affinités ! Le friend with benefits est un(e) ami(e) avec tous les bénéfices, vous vous entendez bien, vous avez les mêmes centres d’intérêt, vous êtes complices et disponibles mais pour autant sans avoir envie de sortir avec l’autre ou de vous engager. Vous coucher simplement ensemble et vous sortez comme des amis. Pratique !

Relation libre : Une relation de couple « ouverte ». Vous avez décidé d’être en couple, mais vous n’avez pas signé pour la fidélité, vous aimez votre moitié mais vous voulez aussi profiter des avantages que la vie offre sans avoir toujours cette même personne dans le lit le soir. C’est une façon de vivre et d’aimer, il faut avoir confiance sans être jaloux, et surtout pouvoir construire quelque chose sur cette base.

Couple : Le St Graal de la relation ! Si tu cherches quelque chose de sérieux ! Un couple c’est deux personnes qui ont des sentiments l’une envers l’autre et qui décident d’avoir une relation sérieuse exclusive et d’avancer ensemble. Certains vont dire qu’un couple est basé sur les sentiments, que l’on est un couple lorsque l’on a connu des épreuves, ou que l’on en est un lorsque l’on fait des projets de vie, lorsque l’on vit à deux…
@k_syndrom nous dit : Enfin la question est : peut-on réellement donner une définition ? Chacun a sa conception du couple je pense.

Polyamour : Je t’aime, et je l’aime aussi, puis lui aussi et lui (non ça c’est le méga polyamour) mais c’est ça le polyamour, c’est aimer sans se limiter à une seule personne. L’autre accepte cela, et vous acceptez cela aussi. C’est une façon de vivre, d’accepter et d’aimer. Puis quand il y a de l’amour pour un, il y en a pour dix, non ? Car Nina dit qu’il peut s’agit d’un multicouple, A est avec B, qui est avec C et D. C est avec E. Il peut aussi s’agit d’un multicouple triangulaire : A est avec B qui est avec C, C est aussi avec A. Aussi, ça peut être un trouple agrémenté de plan culs : A est avec B et C, B est avec D, mais couche aussi avec E sans sortir avec, et A couche aussi avec F et G. Tu as compris ? Interro dans 5 min ! Sha ramasse les copies !

Bien sûr il y a encore des dizaines de relations, mais celles ci sont les plus fréquentes, les plus connues, ta relation actuelle, c’est laquelle ?

relationrelations

[Interview] Didier Garguilo, Romain & Augustin, Un Mariage pour Tous

4 Déc

Pour fêter la sortie en livre de Romain & Augustin, Un Mariage pour Tous (qui a eu lieu le 27 novembre dernier), Nina et moi-même avons eu le grand honneur (et le grand bonheur) d’interviewer (le magnifique) Didier Garguilo, illustrateur de cette BD (entre autre).

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By Dwam

Commençons bien : Bonjour Didier (en vrai tu aurais droit à nos sourires de groupies intimidées). Tu te décris en tant que dessinateur de BD (dont nous parlerons d’ailleurs), féministe, pansexuel (mais un peu plus gay) et polyamoureux. Ça en fait des qualificatifs pour un seul homme !
Bonjour ! Oui ça fait beaucoup. Mais on pourrait en rajouter encore et encore, des étiquettes: barbu, écologiste, gauchiste, droitier, verseau, etc… jusqu’à ce qu’il y en ait tellement que ça ne veuille plus rien dire !

Alors tout d’abord, c’est quoi un homme féministe ? (Parce que, bon, on imagine facilement que ne pourraient être féministes que les femmes…)
Je pense qu’on peut être un blanc privilégié et se battre contre le racisme, un hétéro et défendre les droits LGBT, etc… il suffit d’être soucieux d’égalité, de se rendre compte qu’elle est encore loin d’être acquise, et d’être convaincu que l’égalité est primordiale. Et puis, après tout le patriarcat écrase aussi les hommes, en répartissant les attributions femmes-hommes de manière caricaturale. L’exemple de base: quand on entend que, pour ne pas se faire agresser, les femmes doivent faire attention à ne pas aguicher les hommes, ça porte d’une part atteinte aux femmes en les rendant responsables des violences qu’elles peuvent subir, mais ça insulte aussi les hommes en en faisant des crevards incapables de respecter autrui, de se maîtriser, et qu’il n’est même pas la peine d’essayer d’éduquer. Donc nous sommes tous concernés parce que nous valons plus que ça. Après, il faut être conscient qu’en tant qu’homme, on ne vit pas le sexisme social que vit une femme, alors il est important de (pour une fois) laisser les femmes diriger le chantier du féminisme. Ça ne devrait pas nous faire trop de mal de ne pas dominer la situation pour une fois dans notre vie.

Et comme tout le monde ne connaît pas tous les mots un peu complexes utilisés pour te décrire, je te propose de nous expliquer ce qu’est, pour toi, un(e) pansexuel(le) ?
« Pan » est un préfixe grec qui signifie « tout ». Être pansexuel ce serait pouvoir être attiré par des hommes, par des femmes, par des personnes trans ou intergenres. Enfin, être attiré par des individus plus que par un sexe ou un genre.

Est-ce que tu peux nous dire quand et comment a débuté ta pansexualité ? Et par rapport à ton homosexualité, l’un a-t-il évolué vers l’autre ? Tu as découvert l’un avant l’autre ?
Haha ! C’est tellement pas le bon moment pour moi pour parler de pansexualité, ni de polyamour d’ailleurs… Je me remets constamment en question et je ne suis sûr de rien, surtout pas en ce moment… mais je vais essayer de répondre quand même, parce que c’est intéressant au-delà de mon petit cas personnel :

Réellement, je ne sais pas si je peux véritablement dire que je suis pansexuel. C’est juste une possibilité, une porte que je laisse ouverte. Pourquoi je l’affiche sur Twitter, dans ce cas ? Parce que  si je ne sais pas si c’est vrai, je sais en tous cas que ce n’est pas faux. Et surtout, parce que ça me pose question et que ça interroge les gens… Mais la plupart du temps, je me décris plutôt comme gay, ou bi, ça parle plus aux gens. Ou queer.

Comment a débuté « ma pansexualité » ? Tout simplement en réalisant, en découvrant, que l’humanité n’était pas simplement binaire, qu’il n’y avait pas que des femmes cisgenres d’un côté et des hommes cisgenres de l’autre, mais que c’était beaucoup plus riche, varié, libre et complexe que ça. Il y a des gens qui se positionnent entre les deux, il y en a qui passent d’un genre à l’autre (trans=transition), il y en a qui ne se positionnent pas, qui sont « autres » et c’est très bien aussi. Et que ces gens pas-forcément-cisgenre pouvaient tout aussi bien être aimés, admirés ou désirés que les autres.

Mon homosexualité a t-elle évoluée vers une pansexualité ? Mon homo-sexualité est toujours là quoi qu’il arrive, puisque je suis toujours attiré par des personnes du même genre que moi. Mais peut-être que ce ne sont pas les seules personnes qui peuvent m’attirer.

Au quotidien, ça se gère comment ? Ça donne quoi, en gros ?
Je ne sais pas si ça se gère. Tu fais une rencontre, tu tombes amoureux et/ou tu ressens du désir, et…  c’est tout, en fait. Après, tu fais comme tu peux.

Est-ce que ton entourage est au courant ? (Famille, amis, collègues…) Et si oui, comment a-t-il réagi quand tu le lui a appris ? Y a-t-il eu un changement de comportement vis-à-vis de toi ? (genre, est-ce que des proches mâles ont commencé à prendre leurs distances au cas où ils t’attireraient, bouh!)
Comme je l’ai dit, la plupart du temps je me décris plutôt comme gay, c’est plus simple, c’est vrai aussi, et ça évite les questions indélicates. Mais oui, dès que tu parles de bi ou pansexualité, dès que tu parles de polyamour, certaines personnes se mettent à te fuir comme si une histoire avec toi allait être tordue, bizarre ou que sais-je…

By Dwam

By Dwam

Passons maintenant au polyamour… kézakô ?
Être polyamoureux, ou pluriamoureux, c’est avoir plus d’une histoire d’amour en même temps dans sa vie.

Comme pour la pansexualité, quand et comment as-tu su que tu étais polyamoureux ?
Eh bien, quand je suis tombé amoureux d’une personne alors que j’étais déjà amoureux d’une première, et que j’ai constaté que les sentiments ne sont pas des soustractions.

On entend souvent dire que c’est une question d’organisation, mais dans les faits, comment « gères »-tu tes différents couples ? Est-ce qu’il y a, comme le pensent beaucoup de gens, une « obligation » de se « partager » de façon égale entre tes différents partenaires ?
Ca m’étonne toujours quand j’entends des polyamoureux parler d’organisation: dernièrement j’écoutais une interview dans laquelle une femme parlait des agendas et plannings qu’elle établissait avec ses deux amoureux. Je n’ai jamais vraiment eu à envisager ça comme ça. Pour moi c’est plutôt la même chose quand on a plusieurs amis, on ne se demande pas comment les gérer pour qu’ils reçoivent tous autant d’amitié et d’attention… Ce qui n’empêche pas de faire toujours très attention à ménager les susceptibilités des uns et des autres. Il peut arriver que l’un des partenaires fasse un peu figure d' »époux principal », tout comme on peut avoir un meilleur ami sans que ses autres amis n’en prennent ombrage…

La jalousie est souvent décrite comme un fléau chez les monogames/exclusifs et c’est un argument qui se retrouve souvent chez ceux qui clament qu’ils ne « pourraient pas » être polyamoureux. Les polyamoureux ne sont donc absolument pas jaloux ? Et dans le cas contraire, comment fait-on pour passer au-delà ?
Je pense qu’il y a un travail à faire sur une tendance naturelle à la jalousie que nous avons tous (plus ou moins). Pour ma part j’ai toujours été très mal à l’aise avec la jalousie que je ressentais. Je la trouvais illégitime et tyrannique, à mes yeux c’était le contraire de l’amour. C’était comme de retenir un oiseau dans une cage sous prétexte qu’on l’aime. Évidemment quand tu laisses un oiseau s’envoler, il risque de ne pas revenir vers toi. L’acceptation de ce risque me semble une plus belle preuve d’amour que la jalousie. Alors j’essaie de vivre en accord avec ça, quand c’est possible.

Lorsque tu rencontres une personne qui n’est pas au courant mais avec qui tu aimerais construire quelque chose, comment lui parles-tu du polyamour ? Et si ça a déjà été le cas, comment la personne a-t-elle réagi ?
Généralement j’ai déjà abordé le sujet bien avant que le désir de construire quelque chose ne se soit pointé ! En toute simplicité, je dis que j’ai déjà des gens dans ma vie (quand c’est le cas. Quand je suis célibataire la question ne se pose pas.), et la personne se positionne en fonction de ça. Souvent, bien sûr, elle dit qu’elle ne pourrait pas supporter ça. Tant pis…

Les polyamoureux revendiquent le droit d’aimer plusieurs personnes et de s’afficher avec elles de la même manière qu’un couple monoamoureux, mais en « public », comment tu fais ? Par exemple,à une fête de famille, tu viens avec un de tes partenaires ? Tous ? Un coup l’un, un coup l’autre ?
Hahaha, ce serait drôle de venir aux repas de famille en ribambelle ! Non, dans la réalité mes parents ont encore un peu de mal avec l’homosexualité. Et puis ils habitent très loin, à la Réunion. Je n’y suis encore jamais allé en couple. Encore moins en trouple… ou en troupe !

Les gens pensent souvent que les polyamoureux cultivent plusieurs relations pour ne pas avoir à rompre l’une d’elles, que peux-tu leur répondre ?
Eh bien je réponds que souvent, les « monoamoureux » préfèrent rompre une belle relation plutôt que d’en vivre deux à la fois. C’est triste.
Je peux répondre aussi que les polyamoureux vivent beaucoup plus de ruptures que les mono. On n’est pas polyamoureux par confort. Ce n’est pas confortable.

Le plus important, à mon sens, dans le polyamour c’est justement le mot amour.
Oui, je suis d’accord.
Est-ce que tu penses que les polyamoureux sont plus positifs, plus amoureux de la vie que les mono ?
Oh non, pas forcément. Plus épris de liberté peut-être. Je ne sais pas… Peut-être même pas.

Des anecdotes à nous raconter ?
Haha ! Non :)

shnaps-Bäska

By Dwam

Passons maintenant au sujet plus délicat qu’est l’homosexualité (et surtout l’homophobie qui pleut un peu partout en ce moment). Comment gère-t-on le flot de haine homophobe qui déferle depuis quelques temps ?
On se prend tout dans la gueule, violemment, de front. Ça fait très mal, c’est très choquant. On se regroupe forcément davantage, on se mobilise davantage, on milite davantage. Au final on en ressort plus durs, mais on y a perdu quelques plumes.

As-tu participé à des débats et/ou des manifestations pour le mariage pour tous ? Et si oui, comment ça s’est déroulé ?
Oh oui, il y avait beaucoup de manifs d’anti à l’époque et c’était tellement blessant que je me sentais obligé de participer aux manifs pour le mariage.  Il y en a eu pas mal à Nantes, et j’ai participé à une manif à Paris également, c’était en décembre dernier. C’était incontournable, pour moi. Absolument nécessaire.

Est-ce qu’on a peur de se balader dans la rue quand on entend et voit toute la colère des « anti mariage pour tous » ?
Ah oui bien sûr! En règle générale, il faut savoir que les LGBT ne sont jamais insouciants quand ils se baladent dans la rue. On sait tous qu’on peut se faire tabasser pour un simple geste tendre, alors on est en alerte permanente. Quand on assume un geste « gay » en public, on sait le risque qu’on court, et on lui dit bravement « merde! ». Pendant les débats, cet état d’alerte était multiplié par 10. Je n’oublierai jamais avoir vu la première manif pour tous à Nantes, ma stupeur devant cette foule de gens « biens-comme-il-faut » qui s’étaient déplacés juste pour dire qu’ils ne voulaient pas qu’on soit leurs égaux.

Est-ce que tu as toi-même subi des agressions (verbales ou physiques) par rapport à tes préférences sexuelles ?
Bien sûr, oui. Uniquement verbales pour ma part. Mais physiques pour pas mal de mes proches.

Est-ce que le mariage pour tous est une réelle victoire pour le milieu LGBT ? Quel chemin reste-t-il à parcourir  pour l’égalité?
Oui ! Une vraie victoire ! Mais le chemin vers l’égalité est encore long, on est loin du compte : l’adoption, la PMA, les droits des trans (c’est très important !)… pour vous la faire courte !

Est-ce qu’on ne vire pas un peu hétérophobe à force d’entendre les anti-mariage, les homophobes, etc. ..critiquer violemment les homo/bi/trans?
Même si l’hétérophobie existait, elle ne serait qu’une conséquence de l’homophobie. (c’est la même chose que ces histoires de racisme anti-blancs) Je crois que même en traversant un quartier gay un samedi soir, aucun hétéro ne craint jamais de se faire insulter, passer à tabac et laisser pour mort dans un fossé. Et puis de toutes façons, non, il y a tellement d’hétéros qui sont ouvertement de notre côté qu’on ne peut pas faire ce genre de raccourcis.

Est-ce que PD, c’est une insulte ? Doit-on donner dans le « politiquement correct » en utilisant des mots comme hétérosexuels, homosexuels, bisexuels, transsexuels, ou est-ce que PD, gouine (que beaucoup d’homo utilisent eux-mêmes) sont « utilisables » quand ils sont utilisés comme qualificatifs et non comme insultes (je suis gouine =/= sale gouine) Ah, c’est compliqué, ça. La limite est délicate. C’est une question de contexte, d’intonation, d’intention, de personne… Je suis le premier à me dire « pédé », et à priori tous mes amis peuvent le dire et ça me semblera naturel. Mais si un hétéro inconnu m’interpelle en me traitant de pédé, ou même si un gay emploie ce mot avec une connotation négative, ça redevient très vite une insulte. A n’utiliser qu’avec précaution, quand vous êtes certain d’avoir le feu vert pour l’employer, et sans jamais perdre de vue que ça a une potentielle charge agressive.

Didier Garguilo Romain et Augustin un mariage pour tous

Après « ta vie », passons à « ton œuvre » ! La BD pour le Nouvel Obs était-elle ton idée ou une demande du journal ?
Ni l’une ni l’autre. Je crois qu’à la base c’est une idée des lecteurs de la série « Les Autres Gens« . A l’époque où la série était publiée quotidiennement, elle interagissait avec l’actualité. Les personnages pouvaient parler de la catastrophe de Fukushima qui avait lieu le jour même, ou de la météo pourrie du jour. Puis la série s’est arrêtée. Et quand il y a eu ces débats sur le mariage, certains anciens lecteurs se sont dit (par Twitt interposés) que ça aurait été intéressant de savoir comment les personnages des Autres Gens auraient réagi à tout ce tapage. Thomas Cadène, le scénariste, les a pris au mot et s’est mis à imaginer un spin-off mettant en scène le mariage de Romain.

Est-ce que tu t’es inspiré de ta vie/de celle de ton entourage pour la produire?
Pour l’histoire, pas du tout, il faudrait poser la même question à Thomas Cadène. Mais pour les dessins, oui, la cadence de travail était très élevée et j’ai dû beaucoup travailler d’après photo. Je me suis souvent utilisé comme modèle (j’ai joué tous les rôles : du bébé à la grand-mère, en passant par la nymphette et le grand musclé) et j’ai aussi parfois fait poser des amis. Quand on sait qui a posé où, ça rend la lecture très drôle, mais ça reste assez private joke.

Combien de temps cela t’a-t-il pris ?
Deux mois et demi. Mais deux mois et demi en ne prenant que le minimum vital de repos. 5 heures de sommeil par nuit, repas devant l’écran, j’ai perdu le compte des nuits blanches à la Redbull (beurk), et une pause par semaine pour aller faire les courses. Je ne prenais des jours de break que quand je ne pouvais physiquement plus rien donner. A la fin j’étais complètement exsangue. Mais je ne regrette pas, j’ai l’impression d’avoir remporté un marathon !

Est-ce que c’est difficile de parler et de dessiner un sujet qui touche de près?
Non, c’est plus facile, je trouve.

Quelles ont été les réactions des gens face à elle?
Il y a eu des réactions homophobes dès le premier épisode, mais pour la plupart les réactions ont été très bonnes, les gens s’enthousiasmaient, nous disaient sur Twitter et Facebook qu’ils avaient versé une larme sur tel épisode, ou que la série avait accompagné les préparatifs de leur propre mariage, se montraient fébriles à chaque cliffhanger, déçus ou surpris par telle réplique ou par tel rebondissement… on ne se sentait pas seuls dans l’aventure !

Et pour finir sur les questions vraiment essentielles, comment va Rémi (ndlr : son chat)? Rémi crève de jalousie en ce moment parce que j’ai adopté un second chat, Tino. Comme quoi la jalousie, hein…

Quand comptes-tu retrouver ta barbe rose dont nous étions fans ?
Hahaha ! J’essaierai peut-être de la teindre en bleu un de ces quatre, je vous tiendrai informées. (Nous : Et on attend ça avec impatience !)

Et, la dernière question, ça fait quoi d’être le fantasme Number One des deux jolies filles qui t’interviewent ?
Euuuuh… du bien à l’égo ? dit-il en rougissant comme sa barbe.

Pour en découvrir plus sur Didier et son travail, je vous invite à lire son blog et à le suivre sur Twitter.
Nous tenions à le remercier encore une fois. Comme vous avez dû le découvrir au fil des lignes, Nina et moi-même sommes fans tant de l’artiste que de l’homme, et nous espérons vous avoir communiqué un peu de cette admiration. N’hésitez pas à vous procurer la BD ! Et pour finir, un magnifique portrait vidéo de Didier réalisé par la ravissante et talentueuse Dwam à qui nous devons aussi tous les clichés présents ici (un grand merci à elle de nous permettre d’utiliser son travail pour illustrer notre article.)

[vimeo http://vimeo.com/52660776] (mettez en grand, c’est mieux en grand)

La jalousie, ou comment se restreindre à une seule personne.

12 Oct

Dans notre société libre et évoluée les relations sont régies par des standards, des normes presque immuables qui font que tu es soit tout à fait normal(e), soit hors du normal, faisant de toi un être vil et détestable. Oui j’exagère, mais comme ça tu comprends mieux.

Notre société aime les couples hétéro (jeunes, beaux et sourire Colgate, petit chien et maisonnette en option.) avec un travail un peu chiant mais juste ce qu’il faut pour cotiser pour la retraite des vieux.

Sauf que.

Dans la réalité vraie de la vie de tous les jours – ou presque – ce n’est pas aussi simple que cela. Bien sur, il y a des beaux-couples façon salon du mariage, je t’en veux pas si tu es comme ça, si tu es heureux, c’est le principal. Mais on oublie qu’il n’existe pas que ceux-là. (Je ne vais pas m’étendre sur les couples homo, c’est pas le sujet du jour, peut-être une autre fois.)

Oui, parce qu’un couple, c’est être deux. Deux, pas plus. Sinon c’est mal/de la polygamie/du cocufiage/etc.

Sauf que.

Oui, c’est vrai. Pour la procréation, il faut être deux (un mec et une nana = spermatozoïde/ovule, je te résume tes cours de SVT au passage, c’est toujours utile.) (même si avec les progrès de la science/médecine, une femme suffit, mais le spermatozoïde/ovule c’est obligatoire. (Oui on parlera du clonage une autre fois)). La norme sociétale prend toujours en compte cette obligation, jusque dans les droits des homos à adopter par exemple, et j’sais pas toi, mais moi je trouve qu’au final, c’est pas si évident que ça, le couple à deux.

Attention, je suis pas en train de dire « Ouais azy trompe ta meuf/ton mec, rien à fout’ ! », je suis en train de dire que de définir la notion même de couple comme n’étant « homme + femme/homme + homme/femme + femme/etc. » pas forcément pertinente.

Bien sur, tu vis ton couple comme tu l’entends, et c’est justement là où je veux en venir. Là où le problème se pose c’est que notre société, notre culture de masse, fait que c’est mal considéré si tu n’es pas en couple avec une seule personne. Tu vois, déjà, soucis, le mot couple, c’est « à deux », mais un trio (donc « à trois ») n’a pas la même connotation « relation amoureuse » qu’a le mot couple.

La norme, devenue « le comportement à avoir » te dit clairement qu’aimer plusieurs personnes c’est mal. (aimer dans le sens réciproque. Si t’es tout seul et que t’es amoureux de la Terre entière, c’est juste ton soucis/triste. Va donc lire ce super article sur le Polyamour tant qu’on y est !) Cette norme te dit aussi que de coucher avec d’autres personnes que ton amoureux/se officielle c’est mal. Alors oui, c’est pas cool de tromper, je ne dis pas le contraire, sauf que, des fois, une entente est possible, peut-être. Parce que ne me ment pas, tu as déjà eu envie de quelqu’un d’autre. Peut-être que tu auras cédé, peut-être pas, mais tu aurais bien emmené ce beau-mec-surfeur-musclé-trop-mignon-miaou faire un tour dans ton lit, sauf que n’amoureux-d’amour n’aurait pas apprécié. Compréhensible.

Mais tu vois, ce qui me pose problème, c’est que ce désir il existe, il est souvent refoulé, justement parce que « c’est pas possible », mais il existe tout de même. Oui, tu le gères comme tu veux ce désir, mais pourquoi ne pas envisager un monde où il est possible de céder à ses désirs, tout en étant totalement épanoui dans son couple, sans qu’on te montre du doigt parce que tu « vas voir ailleurs » ? Oui, je parle d’un consentement mutuel, d’une autorisation mutuelle à s’épanouir librement, avec qui on veut, tout en restant, si on le souhaite, un « couple ».

A la prochaine,
NinAnthea

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