Stop

1 Nov

Aujourd’hui, j’ai besoin de vider mon sac.

Le buzz qu’a fait la vidéo de Guillaume Pley me dégoute. C’est un fait, et je ne suis pas la seule dans ce cas, je le sais. Qu’on soit d’accord avec des articles comme celui de Mademoizelle ou pas ne change rien, ce qui m’énerve c’est qu’il y ait un avant et un après.

L’avant, c’est tous ceux qui trouvent sa vidéo trop cool.
L’après, c’est tous ceux qui lui crachent à la gueule. Tout ceux qui en parlent. Et tous ceux qui s’en servent. Et c’est de ça dont je voudrais vous parler.

Vous comprenez, le viol c’est mal, personne ne dit le contraire. La majorité des victimes de viol se sentent responsables de ce qui leur est arrivé. Elles se cachent, elles ont honte, elles ont peur.

Et puis il y a les autres. Ceux pour qui c’est plus facile d’en parler. Soit parce qu’ils ont le recul nécessaire, soit parce qu’ils n’ont pas été violés. Je ne dis pas que le harcèlement est plus facile à vivre, je dis que c’est plus simple d’en parler, parce que les gens ne te regardent pas comme la pauvre petite chose salie que tu es. Parce que les gens ne te jugent pas comme la pauvre nana qui s’est laissée faire. Non, parce que toi, tu as su dire non. Tu as su être assez clair, courageux. Tu as su te défendre. (Parfois c’est juste que tu as eu de la chance, mais les gens ne le voient pas comme ça).

Y a ceux qui n’ont jamais rien eu aussi, qui ont peur souvent, mais qui se battent contre cette « culture du viol », qui en font des statuts Facebook, des tweets, des articles sur leurs blogs, des tumblr. Ils prennent les armes, ils parlent, ils s’affichent, par soutien, oui, mais aussi parce qu’ils ne l’ont jamais vécu.

Donc eux, ils en parlent, et eux ils en parlent pile poil quand il y a un buzz là-dessus. C’est-à-dire qu’en temps normal ce sujet n’est pas abordé, où que ce soit. Et je suis contente si, au fond, cette vidéo a permis à des gens de raconter ce qu’ils ont vécu, car je reste persuadée que ça aide à avancer. Mais ce qui m’emmerde, c’est que je doute. Je doute de leur sincérité. Non pas sur les faits en eux-mêmes, non pas sur leurs bonnes intentions, mais sur les raisons qui les ont poussés à en parler.

C’est horrible de dire ça. Je sais. Et ça n’implique que moi, mais quand je lis ça, j’ai mal au ventre. J’ai mal parce que je me rappelle ce que j’ai vécu. Moi j’ai pas su me défendre. Moi j’ai pas dû avoir un « non » assez clair. Moi je n’ai pas eu le courage, ou la chance, ou un concours de circonstances qui allait en ma faveur. Moi, j’ai pleuré, et je pleure encore en y pensant. Moi, je tremble toujours quand quelqu’un me touche par surprise. Moi, j’ai peur, constamment, dès que je mets un pied dehors. Et la vidéo de Guillaume Pley, les vidéos sur le harcèlement de rue, les campagnes contre les violences faites aux femmes ne m’ont jamais aidée ni à me sentir mieux, ni à en parler. Je ne me suis jamais dit « ah, c’est le moment ! », non. Quand j’y repense, et j’y repense souvent, la seule chose que je me dis c’est « pourvu que ça ne recommence pas ». Je ne me sens plus humaine depuis, je me sens chose, chose appartenant à celui qui m’a fait ça. Moi je ne peux pas en parler à visage découvert, moi je n’assume pas. Alors on n’a pas tous le même courage, c’est évident, et ça fait un moment que le mien s’est fait la malle. Mais quand même. Je me sens responsable, je suis « l’exemple typique de la victime », mais j’arrive pas à dire que c’est de sa faute à lui. Moi, je ne peux pas dire « les garçons respectent pas le non ». Non. C’est ça, se sentir coupable. C’est se dire que peut-être, si j’avais pas fait ceci ou cela, si je n’avais pas été habillée comme ci ou comme ça, si je n’avais pas dit telle ou telle chose, peut-être que ce garçon ne serait pas devenu mon violeur.

Il n’y a peut-être que moi qui le voies comme ça, mais quand je lis tous les témoignages qui sont révélés depuis cette vidéo, tous ces gens qui ont subis du harcèlement et qui en parlent, moi, je culpabilise encore plus. Je me dis que putain moi aussi ça aurait pu n’être « que » du harcèlement. Je me dis que moi aussi je pourrais me battre en soutien avec tous ces gens au lieu de me terrer. Je me dis que peut-être il en a violé d’autres depuis, et que si je l’avais dit, si j’avais eu le courage de le dire, j’aurais évité ce que j’ai vécu à d’autres. Mais je ne peux pas. Non je ne peux pas. Et tout ce qui circule ne fait que retourner le couteau dans mes plaies encore béantes. Je suis égoïste. Mais moi je voudrais juste oublier et essayer de vivre de nouveau, et non survivre.

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6 Réponses to “Stop”

  1. Fizziiiiiiie 01/11/2013 à 13:47 #

    Ton article m’a tellement retourné l’estomac… Je sais pas quoi dire à part… je te comprends et je te soutiens à 200%… Dur à vivre, dur de ne pas se sentir coupable… Et quand tu te prends une remarque comme « Salope » comment te dire que tout ça c’est pas ta faute, c’est toi la victime….

    Courage <3

  2. flotounettelo 01/11/2013 à 16:34 #

    Bonjour,

    Merci pour ce témoignage… Je n’ai jamais été violée mais j’ai subi des violences conjugales. Je ne culpabilise pas. Aucun être humain ne mérite d’être maltraité. Qu’il harcèle, viole, violente, l’homme humilie. Il est un voleur d’estime, de corps et de libre arbitre, un tyran en somme. Il s’autoproclame souverain de ta personne, une autorité suprême. Les gens qui sont soumis aux dictatures ne l’ont pas demandé et n’ont rien fait pour l’être. Ils n’ont juste pas les moyens de riposter car en face la force est réelle.
    (Il y a les cinglés aussi qui pensent que le non est un défi à relever…).
    C’est aussi comme se prendre une météorite sur la tronche (je sais le pourcentage est faible…) et se dire qu’on aurait pu l’éviter. Ou plus réaliste, mettre le pied sur une merde en marchant dans la rue. On ne se dit pas, tiens je vais mettre le pied gauche, ça me portera chance. Non, on espère juste que ça n’arrive pas, qu’un élément extérieur ou que notre agilité, notre rapidité, notre prudence, notre intelligence etc, nous permettront de l’éviter. Sauf que non… nos forces, nos qualités, aussi importantes soit elles au quotidien ne peuvent pas forcément nous éviter le pire. Nous n’avons aucun contrôle là dessus. Et au final c’est ça le pire. Admettre que nous n’avons pas de contrôle sur nos vies ni sur les autres.

    Bref, et ce sera redondant, « ton » dictateur est un connard…
    Mon commentaire ne sera peut être pas utile mais en tout cas, je te souhaite de te réapproprier ton corps, ta personne, de l’aimer de nouveau car elle le mérite amplement.
    Bon courage

    Flo

  3. Maryne 01/11/2013 à 17:15 #

    Tu sais, je ressens ce même sentiment de culpabilité. Pour moi ce n’est pas allé jusqu’au viol effectif mais c’est tout comme, j’ai été abusée quand même et je culpabilise aussi de ne pas avoir dit non aux baisers juste parce qu’à 18 ans je n’avais pas encore le courage ni l’aplomb de hausser le ton. Moi aussi j’ai peur quand on me touche l’épaule par surprise, moi aussi j’ai peur quand on me regarde avec trop d’insistance. J’ai fini par mettre des mots sur ma vulnérabilité à ce moment-là et j’essaye de vivre avec. C’est pas facile et je te souhaite tout plein de courage en tout cas ♥

  4. moudubou 03/11/2013 à 09:29 #

    « C’est-à-dire qu’en temps normal ce sujet n’est pas abordé » Je pense que tu fais un peu des procès d’intention. Y a pas qu’Internet dans la vie et je suis ravi de voir que le sexisme et ce qui en découle est de plus en plus abordé à la machine à café, pour prendre un exemple parmi tant d’autres. Internet, c’est souvent du feu de paille et puis surtout, c’est pris d’assaut par tout un tas de connards trolleur multi-compte qui aiment polluer et poster des commentaires dégradants, réacs, etc. Bises

    • Mya0u 03/11/2013 à 11:14 #

      Où a-t-elle dit qu’elle visait autre chose qu’internet ou à l’inverse le reste du monde ?
      Enfin le sujet reste sensible et tabou sur le net comme ailleurs.

  5. Sweyn 03/11/2013 à 13:18 #

    Bonjour à toi,

    Il m’en arrivé quelque chose de pas du tout similaire, mais depuis j’ai ce même ressenti post-« accident » que toi, je me sens suivi tout le temps.. Cette impression que tout le monde exerce une pression sur moi, pour ne plus que ça arrive, mais ça fait qu’empirer ce mal-être.
    Parfois même se réveiller en plein sommeil par par les premier gestes de mon agresseur.. Un enfer. Je ne souhaite à personne de vivre quelque chose qui pourrait le traumatiser comme nous, les fameuses victimes…

    Pour faire dans l’originalité je te dis
    JIA YOU !
    C’est du chinois

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