Sexualité et handicap

22 Mar

Il y a quelques jours, le Comité national consultatif d’éthique (CNCE) rendait un avis défavorable à propos de la légalisation du métier d’assistant sexuel, un métier considéré comme illégal car s’assimilant à de la prostitution, voire à du proxénétisme (en raison du caractère tarifé de la relation) en France. Une décision qui a suscité la colère des associations de travailleurs du sexe et notamment d’une entre elles, Marianne Chargois, qui dans une tribune parue dans Le Plus, (le média citoyen du Nouvel Observateur) a fait part de son incompréhension dans ce qu’elle considère comme une hypocrisie de la part des pouvoirs publics.

 

Cette décision intervient au moment où sort le film « The Sessions » (la bande annonce), film indépendant américain, dans les salles depuis le 6 mars dernier. Un long-métrage non seulement émouvant mais également drôle qui revient sur la vie de Mark O’Brien, un poète et journaliste talentueux qui, bien que lourdement handicapé par une polio depuis l’âge de six ans, souhaite perdre sa virginité, recourant à cette occasion au service de Cheryl, une assistante sexuelle.

 

La sortie du film en France fut l’occasion de (re)lancer un débat et une question qui demeure pour le moment taboue. Extrêmement taboue même, à savoir celle de la sexualité des personnes en situation de handicap. A l’inverse de certains pays européens (tels la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark) qui ont légalisé ce métier, l’Hexagone adopte une position contraire, avançant des principes éthiques et moraux. Pour la CNCE, « délivrer un service sexuel à la personne handicapée entraîne des risques important de dérives » [car] « d’une part, les bénéficiaires sont des personnes vulnérables et susceptibles d’un transfert affectif envers l’assistant sexuel » [et] d’autre part, rien ne peut assurer que ce dernier ne va pas lui-même se rendre vulnérable « par une trop grande implication personnelle dans son service » » (article complet ici)

 

Bien que les arguments avancés par le comité soient recevables, il n’en demeure pas moins qu’ils cachent mal un embarras certain, voire une certaine gêne quand est abordée la question de la sexualité et du handicap. Pour le commun des mortels (valide), il est tout simplement impensable que la personne en situation d’handicap d’avoir une sexualité en raison justement de sa condition. Autrement dit, à partir du moment où il est handicapé, il ne peut pas revendiquer une sexualité, celle-ci lui est (désormais) interdite.

 

Or, on a tendance à oublier que les personnes en situation de handicap n’en demeurent pas moins des êtres humains avec leurs envies et donc leurs désirs. Sans doute qu’il est difficilement concevable pour la plupart d’entre nous d’imaginer un handicapé éprouver du désir lorsqu’il se fait caresser ou qu’il a un rapport sexuel dans la mesure où on se dit « c’est interdit », que « c’est contre nature », « contre l’ordre des choses ». Après tout, seuls les valides ont le droit de s’envoyer en l’air, de vivre et pas les handicapés pour qui c’est déjà si pénible !

 

D’autant plus que ce n’est pas la première fois que ce sujet est évoqué de manière plus ou moins directe. Dans le Huitième jour, du Belge Jaco Van Dormael, Harry (le personnage principal) trisomique, se retrouve avec Nathalie (trisomique également) dans un moment intime et lui fait part de son intention de faire l’amour avec elle. Le film, sorti en 1998, évoquait déjà cette question taboue qu’est la sexualité en situation d’handicap, une question qui n’avait pas fait de vague en Belgique comme en France, même s’il faut préciser que ce n’était un sujet mineur du long-métrage.

 

De son côté, le film « The Sessions » remet les pendules à l’heure et invite le spectateur à réfléchir et à s’interroger. A ce titre, plusieurs associations de travailleurs et travailleuses du sexe ont profité de la sortie du film pour se faire entendre, prélude à un débat qui commence à prendre forme au sein de la société française. Comme toujours, le cinéma reste souvent de vecteur pour porter des revendications et faire avancer des causes, gageons que le succès de ce film (malgré une faible programmation, ce qui est bien dommage au passage !) donnera enfin l’occasion de lever un tabou et surtout d’engager une réflexion à l’instar du récent débat sur le mariage pour tous, la Procréation médicale assistée et autres questions sociétales épineuses !

Et vous que pensez-vous de ce débat ? Pour ou contre la sexualité des personnes handicapées ? Pensez-vous que la France devrait reconnaitre le métier d’assistant sexuel au même titre que d’autres pays européens ?

 

Gillessexualite-et-handicap

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4 Réponses to “Sexualité et handicap”

  1. moudubou 22/03/2013 à 11:09 #

    Au Japon, ils n’ont pas ce problème, y a des robots branleurs et des robots gods!

  2. chloe 22/03/2013 à 14:39 #

    je trouve le commentaire du dessus un peu déplacé…
    c’est un sujet sérieux, et tu fais bien d’en parler, ça nous permet d’y réfléchir. Et même si je ne suis pas concernée, je trouve ça bien de vulgariser ce sujet (au sens en parler, hein!), d’ouvrir les yeux sur ces problèmes qui sont REELS. Merci.

    • mya0u 22/03/2013 à 14:45 #

      Je pense que c’était de l’humour pour dédramatiser la situation.

      D’ailleurs l’île de France va avoir sa première assistante sexuelle, malgré le fait que ce soit illégal, pour « tester ».

      Je sais pas si ça touche tous les types de handicaps, les moteurs comme les mentaux. Ça me fait déjà de la peine de savoir qu’on stérilise les handicapés mentaux, j’ai beau en comprendre les raisons, j’ai du mal à comprendre qu’on les traite comme des chiens de catégories 1.

    • moudubou 27/03/2013 à 10:15 #

      Ben pour moi, ça s’apparente à de la prostitution, la marchandisation des corps avec les dérives classiques qu’on voit en Allemagne, c’est à dire proposer ce genre de travail au chômeur(se) en fin de droits. Et bien sûr, faut pas croire qu’on gomme une inégalité à autoriser ça, vu que seuls les riches handicapés pourront se le payer.

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